J’ai été initiée à l'informatique et à la traduction automatique des langues sous la direction de Bernard Vauquois, au Centre d'Etudes et de Traduction Automatique à Grenoble.
Mon premier travail a porté sur la synthèse de la parole, en
particulier sur la génération de la prosodie, à la compagnie IBM
France, au centre de recherche de La Gaude, à une époque où la synthèse
en était encore à ses premiers balbutiements. C’est à cette époque
passionnante que j’ai appris à écouter le signal de parole, le
modifier, le construire, et petit à petit à mieux le connaître. Ce
travail m’a conduite jusqu’au Speech Communication Group (MIT), dirigé
par le professeur Ken Stevens,
le symbole même de la noblesse de la recherche. C’est là, d’abord au
fameux building Twenty, que j’ai reçu l’essentiel de ma formation, en
particulier en phonétique acoustique et que j’ai pu apprécier
l’ambiance d’un groupe de recherche très productif et très sympathique,
où régnait une grande liberté de pensée, et que j’ai pu faire mes
premières armes dans l’enseignement supérieur.
Puis je fus ingénieur à France Télécom pendant 15 ans, à Lannion. J’ai
travaillé à mi-temps sur la reconnaissance automatique (analytique) de
la parole (RAP) et à mi-temps sur l'automatisation des centres de
renseignement. Je faisais alors aussi partie d’une petite équipe de
prospection sur les technologies du futur. Cette longue expérience en
reconnaissance automatique de la parole m’a beaucoup appris sur les
indices acoustiques de la parole et sur la variabilité du signal. Les
réunions où nous nous forcions à imaginer les technologies du futur
m’ont donné le goût de la prospection. Une grande époque également.
Déçue par l’introduction massive (mais positive) des statistiques en
RAP, conquise par l’ambiance universitaire lors d’une année sabbatique
à l’université d’Aix-Marseille, obtenue grâce à une invitation du
Professeur Mario Rossi, et témoin du début du désengagement de France
Télécom pour la recherche, j’ai espéré trouver une voie qui me permette
de refaire de la recherche. Une opportunité m’a été offerte par
l’université de la Sorbonne Nouvelle en 1990, où j’ai été nommée
professeur (succession de Monsieur le Professeur Gsell, qui venait
alors de prendre sa retraite) et aussi directeur d’une petite UMR
(alors UPRESA). Une UMR offre le cadre idéal pour la recherche et la
formation par la recherche des étudiants. Le Laboratoire de Phonétique
et de Phonologie, que j’ai dirigé conjointement avec Annie Rialland,
est devenu, au fil du temps et des embauches, un lieu de discussions
croisées sur la phonétique, la phonologie, la médecine, l’orthophonie,
et ingénieurs, entre théories et applications, entre crayon de papier
et fer à souder, entre étudiants, chercheurs et enseignants chercheurs,
français ou de passage à Paris. 10 ans après, j’avais pleinement
retrouver l’ambiance d’un groupe de recherche très productif et très
sympathique que j’avais tant appréciée avant, au MIT. Les possibilités
d’investigation physiologique sont favorisées par le fait que le
laboratoire est situé à cheval entre l’université (19 rue des
Bernardins) et l’Hôpital Européen George Pompidou (dans le service
dirigé par Monsieur le Professeur Brasnu). Elles se sont récemment
affermies grâce à l’obtention d’un équipement CNRS mi-lourd, en 2008.
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Malheureusement,
l’enseignement, la correction de centaines de copies, la direction de
plus d’une centaine de travaux étudiants, et les charges
administratives laissent peu de temps pour la recherche pour les
enseignants-chercheurs français. Mon grand regret est de n’avoir jamais
pu faire de la recherche de façon continue. Il reste beaucoup à
découvrir dans les Sciences de la Parole, tant sur le plan théorique
que pratique, en particulier par la mise en contact de méthodes et de
disciplines différentes (en particulier dans les domaines de
l‘apprentissage des langues, de la rééducation, et des implantés
cochléaires). Le système français ne favorise pas le mélange des
étudiants de formation complémentaire, alors que souvent ce mélange
permet l’éclosion d’idées et d’outils nouveaux dans le domaine. Nous
avons pu cependant favoriser l’éclosion de nouvelles instrumentations
au sein de notre laboratoire, en collaboration avec Shinji Maeda et
Kiyoshi Honda.
J'ai eu la chance de connaître plusieurs systèmes éducatifs, et
plusieurs équipes de recherche. J’ai eu l’honneur d’être invitée à
faire des recherches dans les laboratoires les plus prestigieux: à Bell
Labs, en 1983, sur l'articulatoire avec Osamu Fujimura, et de nouveau à MIT, en 1986, invitée par Victor Zue,
sur la reconnaissance automatique de la parole, et deux séjours, au
Japon, à ATR (Kyoto), sur la prosodie de l’anglais. J’ai aussi la
chance d’être régulièrement invitée à donner des conférences ou des
cours, aux quatre coins du monde, de pouvoir discuter recherche et
formation par la recherche, de revoir des amis chercheurs et de m’en
faire de nouveaux. The last but not the least, j’ai la chance d’être en
contact avec tous les « Speech scientists » (comment traduire ?) dont
j’admirais les travaux, et pour certains, en contact quotidien.
J’ai toujours pris beaucoup de plaisir à former les étudiants par la
recherche, français et étrangers, linguistes, ingénieurs,
orthophonistes et médecins. Depuis la fin de ma formation à MIT, ce
sont les étudiants qui ont complété ma formation par leur
problématique, dans des domaines divers et sur un grand nombre de
langues. Certains ont déjà rejoint la liste des « Speech Scientists »
passionnés par la recherche et sont devenus des collègues avec qui il
fait bon réfléchir sur un problème particulier.
Lire des spectrogrammes, en plusieurs langues, est resté un des mes
passe-temps favoris, ainsi que faire de la synthèse articulatoire des
sons des langues du monde (avec le programme Maeda, cela va sans dire
!).. Mon livre préféré reste naturellement le livre de Gunnar Fant,
Acoustic Theory of Speech Production. C’est du reste sur la lecture des
spectrogrammes, les nomogrammes de Fant et la synthèse articulatoire
que je base mon enseignement.
J'ai la chance d’avoir un mari « who did support me"
(au sens anglais du terme) depuis le temps de MIT, et qui partage
encore ma passion pour la recherche et ses applications, et qui me supporte
encore (au sens français du terme), malgré mon désordre, et d’avoir un
fils, Julien-Kenji qui a su trouver également un travail qui le
passionne.
Dernière mise à jour: 27/05/2009
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